Be stupid

Publié le par l'oeil et l'oreille

Je ne résiste pas à vous coller ici le dernier billet d'humeur d'Eric La Blanche, à lire conjointement avec les accords de l'AGCS...
Je sais pas pourquoi, et bien que ça n'ait rien à voir (encore que), mais je trouve que ça va relativement bien ensemble, à la condition toutefois d'avoir un thé bien chaud et un carré de chocolat noir pour se remonter le moral...

Bonnes lectures...




Ça y est ! Enfin ! Ils ont osé ! Ça faisait des années que j’attendais ça en rongeant mon frein, certain qu’un beau jour, enfin, la vérité finirait par éclater.

Samedi 30 janvier 2010, ce que nous étions nombreux à soupçonner a été révélé à nos yeux incrédules et je l’ai vu, moi-même, plus fort que tous les complots, plus explosif que tous les Da Vinci Code. Il était devant moi, manifeste, irréfutable, limpide, moderne, drôle. Terrifiant :

le Grand Secret.

La vérité est sortie, comme toujours, de la bouche d’un enfant, car les publicitaires ne sont rien d’autres que de grands enfants – c’est pour ça qu’on les paye si cher, pour cette capacité à aller chercher au fond de nous nos pulsions, même les plus enfantines, les plus primaires, les plus inavouables, les plus sadiques anales, comme on dit en psychologie.

Le Grand Secret (de polichinelle)

Il tient en deux mots, simple, lumineux, éclatant même :

Be stupid.

(C’est le nouveau slogan d’une marque qui vend des sortes d’habits.)

Jusque-ici, la société de consommation n’avait jamais poussé sa logique aussi loin. Jusque-là, par la bouche de ses communicants, le Système s’était toujours contenté de nous exhorter à nous laisser aller, à succomber à la tentation (nommée désir), au plaisir de la possession, à suivre son instinct, à faire des folies, à acheter, vite, pour payer plus tard.

Mais la publicité n’avait jamais franchi le dernier pas, elle n’était jamais allée jusqu’au bout, n’avait jamais livré au consommateur son désir le plus ultime, son vœu le plus cher : sois stupide.

Achète. Jette. Rachète. Ne réfléchis pas. Fais ce qu’on te dit. Ferme ton livre. Allume la télé. Déséquilibre-toi. Cède à tes pulsions. Sois charnel, glouton, lubrique, cupide, vaniteux, orgueilleux, jaloux, futile. C'est délire.

Regarde comme il est beau, comme il est jeune, comme il est parfait, mon mannequin photoshop de 16 ans sur l'affiche. Tu devrais être comme ça. Regarde comme ils sont trop chan-mé, mes pipoles. Vois comme elle te fait bander, ma bagnole. Désire. Sois frustré. Décivilise-toi. Sois une bête. Sois bête.

Be stupid.

Et tu sais pourquoi ? Tout simplement parce que c’est cool. Parce que c’est easy. Et parce que les gens qui veulent pas être cool, c’est des nazes qui se prennent la teu-tè, qui sont jamais contents et qui t’embrouillent dans ta tête avec leurs critiques à la con. Toi, tu les encules, t’en a rien à foutre, t’es en démocratie : tu fais ce que tu veux. T’es libre. T’es le roi. T’es heureux. Tes paupières se ferment. Ta gueule aussi.

Tu dors.

Nous, on s’occupe du reste.

(Putain, ça me met dans de ces états, moi, le rosé à midi !)



A retrouver sur Blabla Blanche....

Publié dans L'oeil à ouvrir

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