Samedi 30 septembre 2006
 
coing3

Lorsque mon coeur sera



Lorsque mon coeur sera comme un vieux fruit d'automne
Et que mes ossements s'en iront à vau-l'eau,
Peut-être direz-vous que la récolte est bonne.
Les vers pendant ce temps glisseront sous ma peau,
Les yeux noirs que j'aurais seront d'un noir de tombe
Et je ne pourrais plus sourire que des dents ;
Vous aurez tout loisir d'aller faire la bombe,
Quel que soit votre jeu moi seul serai perdant.

Je serai comme un tronc que la rivière emporte
Vers on ne sait quel trou où rien ne vous attend.
Sans doute aurez-vous mis les scellés sur ma porte,
Moi je m'en foutrai bien, j'aurais fini mon temps,
Je n'aurai rien à dire et plus rien à défendre,
Je serai comme un roi dans un palais désert,
Ayant tout désappris y compris d' être tendre,
Oublié le mensonge et comment on s'en sert.

Allongé je serai comme un vieux saint de pierre,
Les vieux copains viendront s'agenouiller sur moi,
Ma maison dormira étouffée sous le lierre,
Après deux ou trois ans il en restera quoi?
Il n'en restera rien qu'un peu de phrases mortes
Que j'aurai par hasard prononcé devant vous.
La vie fait son métier mais la mort est plus forte,
Et qu'on le veuille ou non on vient au rendez-vous.

Lorsque je n'aurai plus de cerveau dans la tête,
De langue dans la bouche, et cela pour toujours,
Peut-être serez-vous tous ensemble à la fête
En train de fredonner quelques chansons d'amour,
Quelques gentils refrains jaillis de ma jeunesse,
Souvent enjolivés d'un air d'accordéon,
Vous en serez à l'âge où tout cela vous blesse,
Il faut aimer le mal que nous font les chansons.

Lorsque je dormirai quelque part bien tranquille
Au fond d'un trou creusé par un bonhomme idiot
Qui s'en ira plus tard fredonner par la ville
Une chanson de moi glanée à la radio,
Lorsque j'en serai là j'aimerai tout le monde
Et tout le monde alors dira du bien de moi.


Comme on sait que jamais les morts ne vous répondent
A mon sujet chacun dira n'importe quoi,
Que je fus le plus beau des poètes à la manque
Sans que Dieu ni le Diable n'en fussent avisés,
Que j'eus tout dans ma vie à part un compte en banque,
Que je tirais fort bien sans savoir que viser.

Lorsque mon coeur sera comme une vieille éponge,
Vous pourrez tous ensemble évoquer qui je fus.
J'en rigole d'avance aujourd'hui quand j'y songe,
Car aucun d'entre vous ne l'aura jamais su.

Dimey



par l'oeil et l'oreille publié dans : L'oeil à ouvrir
Jeudi 28 septembre 2006
flylantoine

...TROP...


Parce que s'il en est un à attendre de pied ferme, et d'oreille avide, c'est bien cet album....
par l'oeil et l'oreille publié dans : L'oreille à tendre
Mardi 26 septembre 2006
cambon2004F25detail

Encore un artiste découvert à la galerie Béatrice Soulié.
De vieilles boites rouillées, des racines, des ustensiles détournés, qui disparaissent sous l'assemblage...
Et deviennent antres, prisons, lieux d'errance pour ces personnages tout juste esquissés, de quelques centimètres seulement, mais terriblement expressifs...
Un monde reconstruit dans l'abandon du temps, silhouettes chimériques de nos laissés pour compte....

Galerie Web de Gérard Cambon
Dimanche 24 septembre 2006
carcassebato

Je ressemble aux poissons quand les chaluts reviennent
Qu'on voit sortir de l'eau, les yeux morts depuis peu.
Je suis dans un filet, je sens bien qu'on me traîne,
Je voudrais qu'on me laisse encore une heure ou deux,
Qu'on me laisse le temps et peut-être l'espace
De revoir le pays qui m'a laissé partir,
Comme font les anguilles dans la mer des Sargasses
Aller faire un enfant quelque part et mourir.

Je ressemble aux bateaux dévorés par la mousse,
Couverts de coquillages et d'étoiles de mer,
Qui vont de droite à gauche où le destin les pousse,
Je refais sans bouger mes croisières à l'envers,
Je croise des requins que j'ai connu tout gosse,
Ils me font des sourires comme des crans d'arrêt.
Il faut bien du talent pour devenir féroce...
Malgré tous mes efforts, jamais je ne saurai.

Je ne ressemble à rien, ça n'a plus d'importance,
J'ai fait le tour du monde à l'intérieur de moi,
Je n'ai plus les moyens de tenir la distance,
Je ne vous laisserai qu'un beau squelette en bois,
J'aimerai qu'un ami le monte en lampadaire,
Et qu'il ait le culot de l'installer chez lui.
Ainsi quand je serai disparu dans ma nuit
Je ferai sans effort, enfin, de la lumière.

Bernard DIMEY
Samedi 23 septembre 2006
portrait042

De très beaux portraits par Pierre BELHASSEN de ceux qu'on oublie trop souvent de voir...
Un très beau regard, plein d'humanité... Mieux que ça, un échange...
http://sanstoit.neuf.fr/
par l'oeil et l'oreille publié dans : L'oeil à ouvrir

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