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Jeudi 3 avril 2008
Nano

Une salle superbe, plongée dans la pénombre, une lumière qui esquisse plus qu'elle n'éclaire, le cadre est mouvant...
Nano (Arnaud Méthivier), accompagné de Sylvain Favre, Valentin Musson, et Pierre Gambini, nous attrape tout de suite par l'oreille, et nous plonge à la seconde dans son univers aussi changeant qu'un ciel de giboulées....
Une heure trente durant, sans autre pose que celui de ses silences qui semblent faire partie du lieu, du lien qu'il tisse avec brio entre lui, nous, et sa musique, la magie opère...
On le suit dans ses histoires musicales, et presque théâtrales, avec le sourire devant le plaisir évident qu'il prend à nous les livrer, et avec l'émotion brute des découvertes qui marquent.
Nano, tour à tour Auguste et clown blanc, nous emmène bien loin aux sons insoupçonnés de son instrument ventriloque.
Un voyage que je ne peux que conseiller aux amoureux de l'accordéon, mais surtout à tous les réticents, les réfractaires, qui, à coup sûr, changeront d'avis.
C'est la première fois que j'entendais cet instrument palpiter comme un cœur.
Splendide, habité, et touchant...


http://www.nanomusic.fr
Nano


par l'oeil et l'oreille publié dans : L'oreille à tendre
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Samedi 22 mars 2008
Interview de Marcel Kanche réalisée avant le concert de  L'Archipel, Paris, le 19 mars 2008.


Marcel Kanche

 - Marcel Kanche, on vous connait sans vous connaitre vraiment...
Vous prêtez vos mots à la lumière d’un M ou d’une Vanessa Paradis, et semblez, vous, rester à la lisière, en retrait....
Comment vous situeriez-vous sur la scène française, et avez-vous envie de vous y situer ?


M.K. : Se situer ? en fait, on ne se situe jamais, ce sont les autres qui nous situent.
Moi je fais juste le travail que j’ai à faire.
Le problème de la lumière ou de l’ombre.... c’est d’ailleurs de l’ombre qu’on voit le mieux la lumière...
J’aime bien faire mon petit travail, être mon propre artisan, et écrire pour des gens qui, eux, aiment vraiment la lumière.
Je ne sais pas si moi je serais à l’aise dans ces histoires-là, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup de pertes de temps...


- Justement, la promotion d’un nouvel album, pour vous qui vous tenez à l’écart, comment percevez-vous celà ?
Un “passage obligé”, ou un besoin de partager, de donner à entendre ?


M.K. : La promotion, non, pour moi c’est juste une demande, comme vous, de personnes qui ont envie de s’intéresser au “cas”, donc je me prête au jeu.
Pour moi c’est un échange, des rencontres plutôt sympathiques dans le milieu journalistique.

- Quelle est votre démarche dans l’écriture et la création d’un album ?
Est-ce un travail au long cours ?
Avez-vous un moment, ou un lieu privilégié pour écrire ?


M.K. : Non, en général, quand je commence un album, il faut déjà que je trouve le titre, ensuite que je trouve la pochette, et après je m’immerge complètement, je ne lâche pas le morceau...
Après, le temps se dilate, je suis pratiquement autiste...


- On vous sent volontiers  solitaire mais aussi entouré d’une vraie famille, au sens propre (votre femme, vos enfants, votre chien...), comme d’une famille musicale, de musiciens complices...
Une nécessité de ne pas faire seul, de construire en confiance ?


M.K. : C’est vrai que je travaille tout seul, je gamberge mes histoires, mais c’est vrai aussi que j’ai besoin de ces regards : celui de ma femme qui chante avec moi, de regards extérieurs, de compagnons qui me font rire aussi, parce que je pourrais sombrer loin...
J’aime bien travailler avec des gens avec qui je m’entends bien, au delà de l’aspect musical.
L’aspect musical dans ce cas-là est très secondaire, je préfère travailler avec des gens avec qui il se passe autre chose, peut-être de littéraire.... De très bons musiciens, par exemple, je ne sais pas si ça m’intéresse s’ils n’ont pas une histoire en dehors de leur musique.

Marcel Kanche


- Vos albums semblent être de plus en plus sombres, et en même temps de plus en plus...

M.K. : Lumineux ?

- Et bien oui, en même temps, je dirais serein aussi...

M.K. : Quand on dit sombre, moi je ne vis pas du tout comme ça, je ne suis pas quelqu’un de sombre, je peux même être assez drôle, même si je ne suis pas un festif...

- Enfin, ce que je veux dire c’est qu’on n’a pas envie de danser sur les tables en vous écoutant...

M.K. : non, non, moi j’en ai pas envie non plus, ça tombe bien !! (rires)
Moi je ne le vis pas comme quelque chose de sombre, au contraire.
C’est comme quand j’étais jeune, j’écoutais Léonard Cohen ou des gens comme ça, et on me traitait de dépressif, alors que je trouvais ça plutôt très énergétique.
Moi ça me filait plutôt la pêche !
C’est une façon de voir : à l’automne on voit les feuilles tomber, il y a plein de gens qui dépriment, moi je considère que les feuilles qui tombent viennent nourrir la terre et qu’au contraire c’est plutôt générateur.


- A travers les livrets des albums, ce papier recyclé mat, d’un grain et d’une épaisseur qui donneraient envie de dessiner dessus, à travers ces matières sonores, ces glissés de guitare très présents, on devine le plasticien...

M.K.: En fait vous voyez très juste parce que les premières choses dans lesquelles j’ai pu exister c’était la peinture et le dessin, qui m’ont amené à la musique, en passant par la céramique.

- On sent effectivement la présence permanente de la terre chez vous...

M.K. : La musique pour moi c’est de la matière, des instruments qui au départ génèrent un son, il faut que le bois craque...
La musique ce n’est pas seulement du son virtuel bien propre, ça ne m’intéresse pas.
Je fais de la musique comme je taille la pierre.
En ce qui me concerne, je ne fais pas de la musique, j’ai vraiment des images, je fais vraiment des tableaux, je construis des paysages, je ne fais pas de musique sur du papier avec des instruments.


Marcel Kanche
- Dernière question incongrue : pour vous, quelle est la meilleure façon de marcher ?

M.K. : (un blanc) moi je marche beaucoup... ben c’est debout, droit, normal quoi, pas à quatre pattes !

- J’attendais quelque chose comme “pieds nus”, en fait

M.K. : non, parce que j’ai les pieds plats et que je souffre, surtout sur les galets...
Je marche dur et vite dans les chemins un peu pierreux ou boueux...

Quoique si, dans l’herbe, c’est vachement agréable...

kancherzl
pour
chanson-francaise.net

Encore un grand merci à lui, pour cette belle rencontre, musicale et humaine...


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Dimanche 9 mars 2008
Pluie de terre

Pluie de terre


Et mes os se briseront
Os blancs, criblés de vers
Et ma langue devenue mauve
Prose perdue où tout se pose

Et les visages se déferont
Fleurs gelées au froid d'hiver
Et ta main ferme la grille
La grille de fer où tout se perd

C'est une pluie de terre
Qui nous fera taire
C'est un chemin de cendre
Qu'il nous faudra descendre

Et la lumière se brisera
Iris blanc sous les paupières
Et tes pleurs se faneront
Femme d'automne dans les allées

C'est une pluie de terre
Qui nous fera taire
C'est un chemin de cendre
Qu'il nous faudra descendre.


Marcel Kanche, Dog Songe

free music
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Vendredi 7 mars 2008
Statique

Statique

Mes jardins secrets ont si souvent été
D'immenses terrains vagues, et puis
Il y a l'errance que j'ai dans la tête
Mon royaume de souvenirs pour un peut être
Statique rien ne change, statique tout vieillit...

Je ne suis qu'une étape dans le voyage des autres
Les gens passent et les jours aussi
Quel passe-temps que de faire passer le temps
Ici j'apprends seulement à mourir
Statique rien ne change, statique tout vieillit...

Avant de tirer autant essayer de se tirer d'ici, même si
Une balle dans la tête ce n'est peut être qu'un rayon de soleil
Emprunter la route comme un poême du vent plein les poches
Les rêves de caoutchouc en bandoulière
Je suis heureux tant que j'approche
Statique rien ne change, statique tout vieillit...


Thibaut Derien, Instants fanés

 
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Jeudi 28 février 2008

dog songe cd

Inclassable, Kanche l’est...
Eloigné des chemins balisés, on ne le croise que rarement, ses mots se faufilent presque sous le manteau, de bouche à oreille, comme des gourmandises un peu acides dont on ne saurait se passer...
Alors quand un nouvel album nous est offert à entendre, on en salive d’avance, tant l’univers de ce modeleur de mots est particulier et touchant.

Dog Songe...

Disque noir, noir comme l’était le Vertige des Lenteurs.
Le sombre y prend racine, définitivement assumé comme teinte dominante.
La voix se pose, grave, comme une épaisseur.
D’une matière qui se construit, les mots en portée, les notes en transparence, cet album réaffirme son appartenance à la terre.
Sans concessions, d’une identité propre, il laisse une fois encore cette empreinte de pas si particulière derrière lui.

Et on entre sans y penser dans ce monde de glaise, dans ces lenteurs sensibles.
Parce que chez Kanche, on n’écoute pas : on ressent, on effleure, on s’enlise, dans les matières sonores, les ossatures des mots.


On ne peut pas rester indifférent à cette poétique parcelle onirique.
A savourer jusqu'à la dernière note, de préférence à la tombée de la nuit....

Sortie prévue le 3 mars...



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